This post is also available in: itItaliano

Aujourd’hui je commence à vous raconter ce que j’ai découvert à partir de la lecture de Plaidoyer pour le bonheur.

Il s’agit d’une découverte qui peut intéresser non seulement pour son contenu, mais également pour la manière dont elle est arrivée et donner quelques éléments de réflexion sur la façon dont les idées, les convictions et les décisions entrent dans l’esprit.

Lorsque j’ai commencé la lecture j’ignorais presque tout du Bouddhisme. J’avais lu quelques pages introductives qui rassemblaient des concepts approximatifs sans rien transmettre de l’essentiel. Beaucoup d’entre nous connaissent la différence entre un traitement encyclopédique d’un sujet, fait de façon générique, abstraite et conceptuelle et celui fait par quelqu’un qui connait le sujet profondément, le vit et le ressent. Mon professeur de latin et de grec du lycée était amoureux de Catulle et il en avait une connaissance profonde. Un jour il s’est lancé dans un aperçu d’une heure entière sur ses vers, en alternant la récitation (à mémoire, ça va sans dire) aux explications sur sa beauté. J’ai été fasciné et ensuite ces vers ont eu pour moi un sens radicalement différent de celui que peut y trouver qui a été soumis à de pédantes dissertations et de pénibles lectures. De même, les mots d’un homme qui s’est transformé en changeant radicalement sa vie et a atteint un état de bonheur que nos communes ambitions ne peuvent même pas nous faire effleurer, peuvent laisser une trace profonde ; est-ce que le chapitre d’un manuel peut faire cela ?

Cela dit, le sujet du livre n’est pas le Bouddhisme, mais cette « chose » insaisissable et pour beaucoup illusoire qui est le bonheur. Le fait est que le Bouddhisme, comme tout le monde ne sait pas chez nous, nait d’une réflexion sur la souffrance et sur la façon de la prévenir ; il ne nait pas d’une révélation, mais de l’expérience personnelle d’un homme, nommé justement le Bouddha. Cet homme n’a pas pensé ni affirmé d’avoir été illuminé, élu ou généré par une divinité. Il s’est interrogé sur la souffrance humaine et a beaucoup pensé. Il n’a pas pensé comme on pense à l’Ouest, de façon exclusivement ou principalement logique. Il a aiguisé sa concentration et il l’a utilisée pour comprendre le fondement de la souffrance et la surmonter. Il s’est transformé par cette expérience et a compris qu’il est possible d’adopter une attitude dans laquelle la souffrance n’existe plus et s’est consacré à l’enseigner autrui.

Je crois que les mots de Matthieu Ricard ne sont pas seulement une leçon, mais aussi un témoignage. Son récit illustre les principes et les raisons qui poussent à modifier ses habitudes mentales, mais présente aussi des exemples – dont certaines autobiographiques – ou ce procès a eu lieu. Il décrit des expériences et des recherches qui confirment la validité de ses thèses. Le Bouddhisme n’est pas seulement une philosophie, mais aussi une pratique. Ni la seule théorie ni la seule pratique ne peut conduire au résultat et toutes les deux reposent rigoureusement sur l’expérience. Bouddha disait à ses disciples de ne pas le croire mot sur mot, mais de mettre en pratique ses enseignements et vérifier s’ils produisaient les résultats souhaités.

En effet, il ne s’agit pas seulement d’accepter le bien-fondé de quelques raisonnements, mais de transformer soi-même et l’on ne peut pas se limiter à penser cela : il faut le faire. À ce sujet nous trouvons la seule signification que le mot « foi » peut avoir dans ce cadre : croire au témoignage de qui montre par des actes d’avoir atteint les résultats auxquels il aspirait. C’est un concept de foi laïque et critique dont il n’est pas possible de se passer dans aucune activité humaine. Même les expériences de laboratoire exigent qu’on croie que leurs auteurs ne les ont pas inventées.

Je le sais, je n’ai pas encore commencé à parler de ce que Ricard nous raconte. Mais je crois que ces prémisses sont importantes et qu’elles sont des prémisses et du contenu en même temps. Si nous partons du principe que ceux qui nous racontent d’être heureux sont des imposteurs, comment pourrons-nous apprendre quelque chose d’eux ? En ce qui me concerne, j’ai ouvert mon esprit et j’ai écouté ; j’ai expérimenté quelque chose et j’ai compris qu’il vaut la peine de continuer…

(à suivre)